Thursday, April 28, 2016

VOILE ET ANARCHISME

Puisque personne ne me le demande, je vais vous faire part de ma position comme anarchiste sur le voile, qui est, bien entendu, paradoxale et ne va pas faire plaisir à beaucoup d'entre vous. En tant qu'anarchiste il y a plusieurs éléments qu'il faut que je prenne en compte, même s'ils peuvent sembler contradictoires:
1) Tout symbole d'oppression ou de discrimination m'insupporte et m'est fondamentalement intolérable.
2) Tout individu a le droit de s'exprimer et de se vêtir comme il l'entend
3) En tant qu'athée, toutes les religions me semblent également irrationnelles, discriminatoires et dangereuses.
4) Même si je suis athée, tous les dieux et toutes les déesses sont les bienvenu(e)s dans ma maison.
Ce qui me frappe le discours des gens de gauche et des démocrates de droite  qui s'opposent au port du voile en France  (la burqa et le voile intégral sont un autre sujet à mes yeux) est l'imprécision de leur position. 
En effet, soit on est contre le voile parce qu'on est contre tout symbole religieux ostentatoire ou contre tout ce que la religion peut représenter - et cette position est pour moi légitime, et il faut dénoncer avec les perruques des femmes juives orthodoxes, les points rouges sur le front des Indiennes, les turbans des Sikhs et les fichus sur la tête des catholiques - tout comme l'est alors celle de la croyante qui est pour, parce que ce symbole représente, à ses yeux, son attachement à sa foi. Nous sommes là dans un débat d'idées classique - entre deux absolus de la pensée. 
Mais si sont on  attaque le voile à partir d'une position "féministe" ou "républicaine", ca commence à devenir pour moi un petit plus compliqué. Une des caractéristiques du discours culturel impérialiste ou colonial est justement de "parler pour" ou de "parler au nom de", et non de "parler avec". Quand on accuse les femmes musulmanes d'être soumises à, opprimées par ou complices d'une religion intolérante et dangereuse (ce qui, en passant, caractérise toutes les religions), ou pire, d'une culture (au sens nazi du terme, c'est à dire, "atavique") intolérante ou dangereuse, on prend un espace de parole qui va dénier celle de l'autre. Pourquoi? Parce que si on porte le voile, on est déjà discréditée et que les arguments de la défense sont niés d'avance. Pour moi, que des femmes d'origine musulmane discutent du voile avec d'autres femmes musulmanes, c'est tout à fait légitime. Que des féministes francaises se disent solidaires de ces femmes qui luttent contre le sexisme et les symboles d'une société/culture/religion machiste peut certes se comprendre (et certainement doit même se faire) mais avec cette nuance essentielle qui est de préciser leur point de départ.  Comme je l'ai dit plus haut: soit on combat TOUS les symboles religieux et toutes les religions qui oppriment les femmes (Et elles le font toutes), soit on accepte de stigmatiser une minorité et de courir le risque d'être traité(e) de raciste et/ou de xénophobe - ce qui est fondamentalement vrai. Lorsque Elisabeth Badinter dit "On a le droit d'être islamophobe", elle dit aussi "On a le droit d'être antisémite", ce qui est vrai dans l'absolu, mais qui historiquement implique beaucoup, beaucoup de conséquences pour le moins inquiétantes.
Les femmes musulmanes qui portent le voile sont une double minorité, et c'est à ce titre qu'il faut faire attention aux discours qui les stigmatisent. Elle sont devenues une cible symbolique, où leur apparence extérieure devient la "preuve" des dangers de leur religion. Comme dans tout discours raciste, l'individu devient le symbole du groupe - que ce soit le Juif, le Nègre, le Chinois, etc. L'indifférenciation permet de condamner l'ensemble au nom de la "preuve" qu'on a sous les yeux - comme les vitrines de ces Juifs "riches" et "profiteurs" dont on a brisé les vitrines durant la Nuit de Cristal. C'est pour cela qu'il est si important de parler avec nuance et sutout, de laisser parler l'autre. Accuser, "avoir raison" est toujours dangereux quand les arguments de départ sont faussés - parfois naïvement, parfois volontairement.
Nous assistons aujourd'hui à un nouvel amalgame (oui, je défend ce mot, au risque d'être traité "d'islamo-gauchiste", quoi que dans mon cas il s'agirait plutôt de "judéo-gauchiste") qui est d'autamt plus dangereux qu'il n'est souvent pas percu  comme tel. C'est le fameux "Je ne suis pas raciste, mais..." qui se traduit aujourd'hui par "Je ne suis pas anti-musulman (terme qui entre nous reste encore à définir), mais je suis contre le voile." C'est comme de dire "Je ne suis pas antisémite, mais je ne peux pas blairer les Juifs orthodoxes). Oui, mais les juifs orthodoxes sont juifs.  Et le voile fait partie de l'islam. On ne peut pas être semi-raciste, Par contre, on peut  être contre toutes les religions, qu'elles qu'elles soient, et justifier son propos soit politiquement, soit philosophiquement, soit les deux en même temps. Mais être partiellement raciste, non, ca n'est pas possible.
Dans les années trente, parmi nos intellectuels et écrivains se trouvaient un grand nombre d'antisémites. Certains sont devenus collaborateurs, d'autres pas, Mais s'ils n'ont pas tous les mêmes responsabilités vis à vis de la Shoah, ils étaient bien TOUS antisémites.
Le problème avec la foi, c'est qu'on ne peut pas décider pour les autres. Bakounine lui même l'a reconnu et a écrit, dans une lettre, qu'on me pouvait pas abolir une religion par décret. Il a même ajouté que tant que la société ne serait pas parvenue à rendre la religion inutile, il fallait l'accepter, et même, parfois, la protéger. Aujourd'hui, je me sens proche de Bakounine, pour exactement les mêmes raisons. Car ce n'est hélas pas que de religion dont on parle quand on parle du voile, mais de l'effacement d'une minorité "trop visible". 
Et ca, ca me donne froid dans le dos, car si je suis bien opposé à toutes les formes de religion, je m'oppose aussi à toutes les formes de fanatismes, y compris "laïcs". Le but de l'anarchisme, c'est de vivre bien ensemble, pas de vivre bien entre nous, sans les autres.
Donc, laissez-tomber cette histoire de voile, si vous êtes honnêtes, et concentrez-vous sur les vraies raisons de votre angoisse. 

PS: Ceci n'est pas non plus un parti pris  pour la "tolérance", mot que je rejette au plus haut point (voir un des articles plus bas). Il s'agit, au contraire, d'une proposition de dialogue dans le respect absolu de l'autre, ce non-moi-même dont la différence justement me définit et m'enrichit. Si l'universalité existe, c'est bien dans la différence qu'elle s'exprime.


Friday, March 11, 2016

THE WEST'S CHINESE DREAM

It is striking today to see how paradoxical the word "Freedom" has become in Western society. If the "freedom" of the markets is a positive things, the "Freedom" of the citizens is suspicious, and has to be constantly monitored and even temporarily (?) restricted. Products may move freely across borders, but not all citizens. What's more, the privileges of the super wealthy become the symbols of the first notion, while social racism and xenophobia are systematically attached to the second. Freedom has thus become (like democracy) a concept that can be read two different ways (at least) at the same time: one positive and official, one negative and threatening. We are moving more and more towards a Chinese model, as it is today, with a free for all (and corrupt) economy supported by a single Party relying on its propaganda tools. The dream of the crazy US Republicans today or of the Bruxelles ultra-liberal eggheads is indeed of a single-coloured society, with limited individual rights, in the name of a supreme good, the "Market", to which all must be sacrificed. A Chinese dream indeed - very far away from poor Adam Smith's ideals.


LE RÊVE CHINOIS DE L'OCCIDENT

Il est frappant de constater l'extrême paradoxe du mot "liberté" aujourd'hui dans la monde occidental. Si la "liberté" des marchés est considérée comme une "bonne" liberté, celle des citoyens est, pour le moins, dangereuse et demande à être constamment surveillée, voire temporairement (?) limitée.  Les produits doivent pouvoir circuler librement, mais il n'en est pas de même pour tous les citoyens, De plus, les privilèges associés aux plus riches deviennent des symboles de la première liberté, de même que le racisme social et la xénophobie sont rattachés à la deuxième. La liberté est donc devenu (comme la démocratie, d'ailleurs) un concept qui se lit en même temps d'au moins deux manières différentes: une positive et officielle, une négative et dangereuse. Nous nous rapprochons donc d'un modèle politique qui tient de plus en plus du modèle Chinois actuel, avec une économie débridée et de plus en plus incontrôlée (et corrompue) et un Parti unique tout puissant. Le rêve des Républicains aux USA ou des neólibéraux de Bruxelles ici est bien une société unicolore, aux libertés individuelles limitées, au nom d'un bien supérieur, le Marché, auxquel tout doit être sacrifié. Une société chinoise, donc - bien loin du rêve de ce pauvre Adam Smith.





Friday, January 22, 2016

NAZISM, NOT FASCISM, IS MAKING ITS COMEBACK

One of the strengths of Nazism has always been to use the language to corrupt Thought, and part of Europe is in the process of applying with great success lessons from Dr. Goebbels. Today, Scandinavia, France, Hungary and elsewhere, political parties and even governments, as in Hungary and Denmark, use coded expressions such as "anti-Islam" or "Islamskritik" in Danish, to hide their true nature, 
which is outright racist. But when this is pointed out to them, they deny it and blame Muslim “culture" - as in the latest example, the assaults against women in Köln and elsewhere. But we must not delude ourselves about the meaning of "culture" in the right-wing thought: culture is an atavism that is made up of hereditary traits formerly associated with a race, and today a religion. This is the "moral" basis of the extreme-right today: on the one hand, the good, white Christians, although Jews are considered OK too, for strategical reasons; and on the other hand, colored barbarians that cannot adapt to "Western civilization" because of atavistic traits. In Denmark, where I live, this distinction is found everywhere, both in the current government, partly in its opposition (the Social Democrats) and in almost all the Media. If we add a strong nationalist sentiment traditionally maintained by both the right and the left (once for different reasons, but joining in an appalling way today), we find ourselves with a speech in which we divide the world into two: on one side, the "Ubermensch" civilized and de facto moral; and on the other the "Untermensch" barbaric and de facto immoral. This distinction is not only the prerogative of Denmark and, what is more worrying, it is not seen for what it is: a Nazi concept. The democratic Europe in which we believed before before the back-stabbings of Maastricht and Lisbon, day after day loses its soul and honor, corroded from within by a violent cancer we continue to call a “cold "... It is time to open our eyes and oppose a total resistance, that can begin simply by calling things by their real name ... No, it isn’t a new form of Fascism that threatens Europe; It is, purely and simply, a neo-Nazism.

NE PARLONS PAS DE FASCISME, C’EST BIEN LE NAZISME QUI EST DE RETOUR




Une des forces du Nazisme a toujours été de se servir du langage pour mieux corrompre la pensée, et une partie de l’Europe est en train d’appliquer avec une grande réussite les leçons du Dr. Goebbels. Aujourd’hui, en Scandinavie, en France, en Hongrie et ailleurs, des partis politiques, voire des gouvernements, comme en Hongrie et au Danemark, se servent d’expressions codées comme “anti-Islam” ou “Islamskritik” en danois pour cacher leur vraie nature, qui est purement et simplement raciste. Mais lorsqu’on leur fait remarquer, elles s’en défendent et accusent “la culture musulmane” - dernier exemple en date, les agressions contre les femmes à Cologne et ailleurs. Or il ne faut pas se leurrer sur le sens de “culture” dans la pensée d’extrême-droite: la culture est un atavisme, c’est à dire constituée de traits héréditaires associés autrefois à une race, aujourd’hui à une religion. C’est ainsi que se divise la “morale” de l’extrême-droite: d’un côté, les bons, blancs, chrétiens si possible,mais aussi juifs à l’occasion aujourdhui- et de l’autre les barbares de couleur, qui ataviquement ne peuvent s’adapter à la “civilisation occidentale.” Au Danemark, où je vis, cette distinction se retrouve partout, à la fois dans le gouvernement actuel, une partie de son opposition (les Sociaux-Démocrates) et dans à peu près tous les médias. Si l’on y ajoute un fort sentiment nationaliste traditionellement entretenu à la fois par la droite et par la gauche (pour des raisons autrefois différentes, mais qui se rejoignent aujourd’hui de manière consternante), on obtient un discours où l’on divise le monde en deux: d’un côté, les “Ubermensch” civilisés et de facto moraux, et de l’autre les “Untermensch” barbares et de facto immoraux. Cette distinction n’est pas l’apanage du seul Danemark et, ce qui est plus grave, elle n’est pas perçue pour ce qu’elle est: un concept Nazi. L’Europe démocratique à laquelle nous avons aspiré autrefois, avant le coup de Jarnac de Maastricht, puis de Lisbonne, perd jour après jour son âme et son honneur, rongée de l’intérieur par un cancer que l’on continue d’appeler un “rhume”... Il est temps d’ouvrir les yeux et d’entrer en résistance totale, ne serait-ce, pour commencer, en appelant les choses par leur nom véritable... Non. Ce n’est pas une nouvelle forme de Fascisme qui menace l’Europe, c’est purement et simplement un véritable néo-Nazisme.

Friday, October 23, 2015

L'EUROPE DE WEIMAR

Paralysée par le flot des refugiés et des immigrants, débordée par son extrême-droite, l'Europe d'aujourd'hui file un bien mauvais coton - et nous avec. Ce qui est grave et dangereux dans cette situation, c'est que cette paralysie de l'Europe est volontaire: pas de soutien direct aux courageux Kurdes en Irak et en Syrie pour ne pas se fâcher avec la Turquie, pas de soutien aux troupes chiites pour ne pas se fâcher avec les Américains, soutien suicidaire aux factions extrémistes sunnites pour contrer les Russes... On a tout faux. 
Paradoxalement, à l'intérieur de nos frontières, le système postdémocratique ultra-libéral se met en place avec violence et sans complexe - la Grèce en est l'exemple le plus frappant, mais la réduction des débats d'idées dans tous les pays européens en est le symptôme accompagnateur. 
Au Danemark, par exemple, le terme de "pensée unique" est un euphémisme, tellement les médias sont à la botte du capital (à l'exception de deux ou trois journaux et de quelques journalistes courageusement frondeurs)  et le fanatisme anti-musulman est devenu une effrayante banalité, relayé jusqu'au parti social-démocrate. Si je prends cet exemple, c'est que le modèle nordique est souvent - et à tort, à mon avis - cité comme un modèle démocratique. Aujourd'hui, on peut voir que les modèles ne sont mesurables qu'à l'aune de l'Histoire et qu'aujourd'hui le Danemark est devenu un des pires marais populiste d'Europe à l'échelle nationale.
Mais cette Europe de Weimar n'est pas que la conséquence de l'effondrement de la gauche, qui aurait fait le lit de l'extrême-droite. Il y a eu aussi l'effondrement de la droite démocratique, qui partageait justement certaines valeurs humanistes avec la gauche. Mais ce vide a bien été créé par cet ultra-libéralisme mentionné plus haut, et si les conséquences sont plus accidentelles que volontaires, elles sont tout aussi catastrophiques. L'idéologie ultra-libérale est une idéologie totalitaire, se cachant sous de fictives "lois du marché". Il est impossible de dissocier la guerre totale économique qui se joue aujourd'hui contre les peuples, de l'ídéologie néo-conservatrice qui la défend et la promeut. Il est d'ailleurs facile de faire un parallèle entre la montée des populismes en Europe et le Tea Party américain -ils procèdent tous les deux de la même situation.
Pour réagir, il faut plus que des signatures sur Internet ou des débats sur le débat à la Mutualité. Il faut une redéfinition en profondeur des termes employés et déformés quotidiennement dans les médias: démocratie, liberté, travail, etc. Il faut que les intellectuels - les vrais, pas les fantôches médiatiques qui s'agitent à la radio ou à la télévision - s'attellent à cette gigantesque tâche qui est la refondation, ni plus ni moins, du Contrat Social de ce cher - et combien critiqué - Jean-Jacques Rousseau.
Face à une Europe qui feint d'oublier l'Histoire pour mieux la répéter, à nous de l'écrire à sa place. 

Thursday, July 9, 2015

RADIO PARIS

Je suis toujours étonné quand on qualifie Leparmentier, Aphatie et Quatremer de "journalistes" et encore plus quand on s'étonne qu'ils soient toujours en poste alors que leurs analyses et prédictions sont à 100% fausses. Ce ne sont pas des journalistes, ce sont des propagandistes pur et simple, comme au bon vieux temps de Radio Paris et de la Propagandastaffel. Leur rôle est de soutenir et de proclamer la victoire du Grand Capital, comme les journalistes collabos le faisaient pour le Reich. Nous sommes en train de vivre le Stalingrad du capital et de la "démocratie" corrompue en Grèce, et le trio nous annonce sa victoire et déplace des petits drapeaux frappés de l'Euro sur la carte. Ils n'ont pas besoin d'être rigoureux, exacts ou sérieux: ils sont là pour autre chose - la propagande. Et ils sont (grassement) payés pour ca.
Cette comparaison ne s'arrête, hélas, pas là, car nous sommes bien en pleine guerre d'extermination contre un pays entier. En fait, par certains côtés, on pourrait y lire une version économique de la guerre d'Espagne, avec l'Europe "libérale" dans le rôle de l'Axe et l'Europe "modérée" (la France, comme en 36!) dans le rôle des lâches qui regardent leurs chaussures. Cela a été dit et répété: ce qu'on reproche à la Grèce, c'est l'espoir d'une autre voie, d'une autre idéologie - qui ressemble d'ailleurs aux critiques portées contre la jeune république espagnole.
Ces pseudo-journalistes, donc, ne sont pas que des "valets" serviles qui expriment l'opinion de leurs maîtres, mais bien des criminels, au sens où la Collaboration active était criminelle. Par leurs éditoriaux, tweets et interviews, ils appellent purement et simplement au renversement politique d'un gouvernement démocratiquement élu, et dont la légitimité a été de nouveau confirmée par réferendum. 
Si, par malheur, une option militaire se dessinait (je pense là à un coup d'état militaire soutenu par les partis corrompus), nous savons déjà quelle sera leur position, et celle de l'Europe.
Et ils pourront vraiment dire, face à leurs accusateurs éentuels: "Je n'ai fait qu'obéir aux ordres."