Sunday, June 30, 2019

VOUS AVEZ PEUR DU RETOUR DU FASCISME? AYEZ PLUTOT PEUR DE LA SEMI-DEMOCRATIE

Vous avez peur du retour du fascisme? Vous devriez plutôt avoir peur de la semi-démocratie.
     Qu’est-ce que la semi-démocratie? C’est une entité politique totalitaire qui se sert des failles des institutions démocratiques pour asseoir son pouvoir. Le vote aujourd’hui, par exemple, ne sert qu’à perpétuer un système de partis au fonctionnement non-démocratiques, amenant un dégoût et un soupçon des citoyens pour leurs système, dont le(s) parti(s) dirigeant(s) vont entretenir et profiter. De même, la liberté de presse existe toujours a priori, sauf que tous les grands médias sont aux mains de puissantes fortunes proches du pouvoir, et que la vraie presse libre est cantonnée à une existence marginalisée sur le web. La justice de classe et la mise sous surveillance totale des citoyens ne se cachent plus, mais sont présentées comme garantes des institutions démocratiques, avec un logique toute Orwellienne. En clair, les libertés politiques et individuelles sont de plus en plus restreintes, mais sans que change le cadre démocratique traditionnel. La semi-démocratie est un chancre qui s’installe dans les institutions comme un parasite qui profite de l’hôte qui l’accueille. Présente en France, en Italie, en Hongrie et en Pologne, c’est le système politique de l’avenir, la mutation terrifiante de nos sociétés ouvertes en sociétés semi-fermées.
Car il ne faut pas nous faire d’illusions, ce système est là pour rester. Il ne faut s’attendre à aucune réforme allant vers l’ouverture, mais au contraire à une calcifications de tous les éléments liberticides légalement contenus dans nos institutions. 
     On ne peut pas lutter contre ce système avec les moyens traditionnels, car ils sont systématiquement détournés profit de cette semi-démocratie. Il nous faut la combattre avec des alliances larges, bâties autour de valeurs humanistes communes - ce que nous ont montré les Gilets Jaunes, par delà les divisions politiques traditionnelles (mais en excluant, bien entendu, les partis racistes et antidémocratiques). Il faut aussi que les intellectuels cessent d’analyser la situation par rapport à leurs grilles dépassées, qu’elles soit marxistes ou libérales - nous sommes arrivés dans un nouvel espace politique où tous les paradignes ont changé.
     Et ne croyez pas que si les dirigeants d’aujourd’hui perdent les élections, cela va changer: la semi-démocratie est un modèle clé-en-mains, user-friendly, qui s’adapte à n’importe quel candidat. Le modèle suprême est bien entendu cette Europe de Maastricht et de Lisbonne, qui a perfusé le poison dans tous les pays membres.
     Il faut se rappeler une chose: ou bien la démocratie est totale, ou ce n’est pas une démocratie. Là se trouve la clef de notre combat, et des démocrates de tout bord. Il est temps de la retrouver, perdue quelque part dans nos grands poches vides.

Friday, February 1, 2019

"GILETS JAUNES", ET MAINTENANT?

La crise amorcée par les Gilets Jaunes depuis novembre ne faiblit pas, malgré les efforts conjugués, voire parfois complices,  de la police et des grands médias. On pourrait presque dire qu'elle ne fait que s'aggraver, vu la stupéfiante surdité et aveuglement ( avec tout le respect que je dois aux vraies victimes de la répression) de notre président. Or, ce qui me semble de plus en plus évident, c'est que nous avons atteint un point absolu de non-retour. La cinquième république ne pourra plus jamais être celle que l'on a connue jusqu'ici - le peuple s'est réveillé et exige sa participation et le contrôle des institutions qui devraient le représenter. La question qui se pose donc - et que l'on me pose souvent ici, au Danemark, où je vis- est celle-ci: qu'est-ce qui peut se passer maintenant? Il est bien sûr évident que je ne suis pas Cassandre, mais il me semble tout de même pouvoir émettre une ou deux hypothèses. la première question est de savoir comment Macron peut se sortir de cette crise. Il y a en fait seulement deux options: premièrement, profiter de violences soit provoquées, soit réelles, et déclarer l'état d'urgence le temps "que les choses se calment". Le gros problème avec cette option c'est la petite assiette de soutien que le président a dans la population, et que cette situation, si elle apparaît comme un coup d'état, risque de précipiter le pays dans une révolution bien réelle et aux coûts humains énormes. De plus, il n'est pas sûr que l'armée et les forces de l'ordre se retrouvent à 100 % derriére leur chef. Mais disons que c'est, hélas, une possibilité. La deuxième option, la plus souhaitable, c'est la dissolution de l'asssemblée nationale et l'organisation de nouvelles élections. Le problème, ici, retombe sur le gros des Gilets Jaunes, qui ne veulent pas entrer dans le moule politique traditionnel. Si les partis habituels se présentent, vu la confiance exprimée par la nation envers ses politiciens, on verra, une fois encore, une chambre introuvable, soit LREM ou RN, là encore par défaut, puisqu'on pourra parier sur une abstention frôlant ou dépassant les 70%. Comme la Vème république ne prévoit pas de seuil minimal pour qu'une élection soit validée, nous nous retrouverons encore avec des élus à 17-20% des suffrages exprimés. Si tout changer revient à faire la même chose, il est logique de penser que le mouvement des Gilets Jaunes repartira de plus belle, et que nous nous retrouverons devant le risque de la première option. Par contre, en cas de dissolution, si des partis d'opposition et démocrates (au vrai sens du terme) se présentaient avec comme projet commun la formation d'une constituante (et pas seulement la FI) sur la base des recommandations du CNR et des Gilets Jaunes, et dont les travaux seraient soumis à un référendum, alors là, oui, il y aurait peut-être une possibilité de sortie pacifique de cette crise. Mais il faudrait beaucoup de courage, de maturité et de véritable sens politique de la part d'un président catastrophiquement inexpérimenté et de partis bloqués dans leurs idéologies et postures.

Friday, January 18, 2019

"YELLOW VESTS", THE REVOLT OF THE CENTER.


The insurgent and revolutionary wave of Yellow Vests in France has been extensively observed, analyzed and commented on in the media and on websites. They have been described as either populist, fascist, racist, anarchist, violent, stupid, and so on, or as ignorant activists, true revolutionary socialists, the people on the move, and so on. It seems to me, however, that if we allow ourselves a small historical comparison with the most similar events, that is to say the uprisings of 1788 and 1789, there is another reading than that of the official media, Macronists, Lepenists and Melanchonists. Indeed, this revolt does not appear as extremist, but as a reformist - it wants a better sharing of wealth, a better democracy, a better social welfare, etc. This strongly resembles the first phase of the French Revolution, from 1789 to 1792, when it was a question of transforming the absolute monarchy into a constitutional one. It was the Girondins, not an insignificant party, who represented this trend, popular until the unveiling of the king's treason and the Terror. What the Yellow Vests demand is above all a REFORM of institutions, this time to their advantage, and no longer to that of the ruling classes. To equate them with dangerous extremists is to make exactly the same mistake that Louis XVI and Marie Antoinette made during the beginning of the Revolution: Instead of acceding to the demands and accepting, as the English and Dutch monarchs before them, a new way of ruling, they pushed the Assembly into foolish actions (The war against Austria, etc.), thus allowing the accession to power of Robespierre. What the Yellow Vests want is not a Soviet republic or an ultra-liberal regime but, on the contrary, a republic of the center. They are, however, ready to go on until they to get what they want, and if the Fifth Republic does not reform itself (which seems very unlikely), then we can fear a growing violence. And a justified one, above all.

Thursday, January 17, 2019

"GILETS JAUNES", LA RÉVOLTE DU CENTRE.

La vague insurrectionnelle puis révolutionnaire des Gilets Jaunes en France a été observée, analysée et commentée à foison dans les médias et sur les sites internet. On les a décrits comme soit comme des populistes, fascistes, racistes, anarchistes, violents, abrutis et j'en passe, ou comme des militants qui s'ignorent, des vrais socialistes révolutionnaires, le peuple en marche, et j'en passe aussi. Il me semble, cependant, que si on s'autorise une petite comparaison historique avec les évènements les plus similaires, c'est à dire les soulèvements de 1788 puis de 1789, il se dessine une autre lecture que celle de BFMTV, des Macronistes, Lepénistes et Mélanchonistes. En effet, cette révolte n'apparaît pas comme extrémiste, mais comme réformiste - elle veut un meilleur partage des richesses, une meilleure démocratie, une meilleure couverure sociale, etc. Cela ressemble fortement à la première phase de la révolution francaise, de 1789 à 1792, lorsqu'il s'agissait de transformer le monarchie absolue en monarchie constitutionnelle. Ce sont les Girondins, parti non négligeable, qui représentaient cette tendance, populaire jusqu'à la Terreur. Ce que demandent les Gilets Jaunes, c'est avant tout une RÉFORME des institutions, cette fois à leur avantage, et non plus à celui des classes dominantes. Les assimiler à de dangereux jusqu'auboutistes, c'est faire la même erreur, exactement, que Louis XVI et Marie-Antoinette ont fait pendant le début de la Révolution. A lieu d'accéder aux demandes et d'accepter, comme les monarques anglais et hollandais avant eux, une nouvelle facon de régner, ils ont poussé l'Assemblée à la faute (La guerre contre l'Autriche, etc.), permettant ainsi l'accession au pouvoir de Robespierre. Ce que veulent les Gilets Jaunes, ce n'est pas une république soviétique ou une république ultra-libérale mais , au contraire, une république du centre. Par contre, ils sont prêts à aller jusqu'au bout pour l'obtenir, et si la Vème République ne se réforme pas d'elle même (ce qui me semble fort peu probable), alors nous pouvons craindre une violence grandissante. Et justifiée.

Friday, June 15, 2018

THE EUROPEAN UNION PROJECT OR THE QUIRKS OF SELF-COLONIALISM

The rise of so-called "populist" movements in the European Union elicits many comments and analyzes. There are, however, a few missing elements that I think are essential to better understand what is happening now. The first thing to analyze, it seems to me, is the functioning of the European political superstructure in its perspective of a "power". Indeed, we are in the presence of a super-state, the European Commission, doubled by a gigantic parliament, but with fuzzy powers, because with a contradictory identity: in the one hand, it has only a very limited power which it tries to exaggerate while at the same time whole-heartedly accepting to represent a travesty of democracy, where the "representativity " is so delegated that it does not represent much more than the absurdity of the system itself.
The European Union, in its present avatar, has everything of a two-headed monster, with a head that decides almost everything and hides it, and another deciding almost nothing, while pretending to. But this monster aims to reign in the name of a political idea that may have been legitimate and honorable in its early days, but which has changed since the Maastricht and Lisbon treaties into an increasingly authoritarian economic-political ideology.
 This ideology, piously called "neo-liberalism", is in fact a toxic emanation of Anglo-Saxon ultracapitamism, defended by Reagan, Thatcher and Blair. I will not go back over its characteristics, which everyone knows, but rather about the paradoxical and dangerous consequences that its application implies in what is called the European Union project. Indeed, both the commission and the parliament, hand in hand, try to govern like dysfunctional Siamese brothers a motley heap of countries disunited by their languages, traditions and cultures, trying to replace the national histories (often tragic) by a great European narrative (full of blissful optimism). If at first sight the intention is laudable (nobody wants a priori to fight today to defend any flag whatsoever - well, mostly anybody... but we will come back to it), the method used is more than criticizable because it is based directly, consciously or worse, unconsciously, on the colonial model.

In the colonies, all the power resided in the metropolis, and was assured on the spot by so-called representative institutions, either national or local, which transmitted directives which could not be discussed. This basic scheme is precisely what these "populist" movements mentioned above criticize and on which we will come back later.
However, the project of union is complicated precisely by the diversity of models proper to each colonizing country: between the British "home rule" and the French "universalist" model, the gap is deep, even irreconcilable. Yet we find these two models cohabiting within the current European project, and the crisis we are experiencing is the result of an internal conflict over the administration of the colonized territories of the Union, i.e. our countries.
The Anglo-Saxon side has sought to counterbalance "universalist" centralism by a symbolic delegation to "local" powers, in other words our governments. Symbolic, because despite this apparent willingness to share, it is actually to protect and favor theGreat Britain-United States axis , that is to say directly influencing nations through a discreet support to the parties, the movements and to individuals in favor of this policy. It was the essence of British colonialism, where the social and national structure of the colonized countries was kept, while imposing on them a strict political and economic control,the famous “Home Rule.” 
On the French side, however, a "universalist" and centralist discourse is used to create the idea of a union that attempts to erase the negative aspects of nationalism by an equally romantic adherence to a humanistic political ideal of progress. The only problem is that it is exactly in these terms that the Third Republic embarked on its policy of full-blast colonization from the 1880s onwards. The replacement of "lower" national identities by a superior identity of progress” was the motto of these brutal politics.
As for Germany, a country that was a smaller (but nonetheless brutal) colonial power than the other two, it insists more on "pragmatism" as a political color, which is in fact the defense of its own economic interests and of its policy towards the Eastern block. Neither really centralist nor home rulist, it sails between the two ideologies, changing with the wind. It may be, incidentally, the most authentically "European" nation of the three cited here, because of its abominable past and its impossible desire for redemption.
The "populist" reaction we are witnessing today in all member countries can therefore be read in terms of this political reality and analyzed in a slightly different way than what the media or other "experts" offer us.
Indeed, we must first reject the term "populist", because, by definition, all political parties are populist, in one way or another, since they all make untenable promises to flatter the "people" and collect their voices. I think we should rather talk about reactive rather than reactionary movements, because not all these movements are reactionary, and if they are, not all in the same way.
What they have in common, however, is the 2009 economic crisis, which has seen their ranks grow considerably. What struck the minds was the fact that when the states were saving the banks by applying the same policy dictated by the European Central Bank, none of the people responsible for the krach were condemned, or even a little bit attacked. A second important aspect is that this government aid was financed by the radical dismemberment of social protections and the national industrial fabric. Third and last aspect, the betrayal of leftist parties in power in some countries (France, Denmark, Spain, Italy, etc.) who not only submitted to the dictates of the Central Bank and its economic lobbies (which are modestly called "Think tanks" but are, in fact, lobbies), but have also adopted Thatcher's infamous "TINA" ("There Is No Alternative") as their only justification.
However, this shift from a national center of political and economic decision to an all-powerful and meta-national entity is one of the characteristics of a colonial situation. And if we analyze the nationalist reactions we see around us through the colonial prism, we can better understand the fracture they show. It's the wrong answer to a real problem, which seems beyond us because it seems out of reach, when in fact we have the means to fight it without necessarily going through violence.
It is time for Europe to change plans, because otherwise I am afraid we will witness more and more movements of "national liberation", of which Brexit is the most spectacular and paradoxical example.
But as for us radical humanists, of which I am a part, we must come with concrete propositions, not just protests, that is to say solutions to defend dignity, coexistence and peace, with a total  respect for differences. We need to invent a new form of European "social contract", far from the model of economic and political self-colonization which is being imposed on us. But this must be done in a great brotherly and respectful gathering, and not in a spirit of splitting apart, which is the characteristic of reactionary movements on the right as on the left.
We have to fight not with slovenly political slogans, but in the name of simple human dignity and the radical and inalienable right to difference.

L'UNION EUROPEENNE AUJOURD'HUI OU L*AUTO-COLONIALISME

La progression des mouvements dits "populistes" dans l'Union Européenne suscite de nombreux commentaires et analyses.  Il manque cependant quelques éléments qui me semblent essentiels pour mieux cerner ce qui est en train de se passer actuellement.
La première chose qu'il faut analyser,  il me semble,  est le fonctionnement de la superstructure politique européenne dans sa nature de “pouvoir”. En effet,  nous sommes en présence d'un super- état,  la commission européenne,  doublé d'un parlement gigantesque,  mais aux pouvoirs flous,  car tour à tour contre- pouvoir limité et acteur d'une parodie de démocratie,  où la "représentativité" est tellement déléguée qu'elle ne représente plus grand chose sinon l’absurdité du système lui-même.  l'Union européenne,  dans son avatar actuel,  a tout d'un monstre bicéphale,  avec une tête qui décide d'à peu près tout et qui le cache, et une autre d'à peu près rien, mais qui fait semblant. Or ce monstre a pour objectif de régner au nom d'une idée politique peut-être légitime et honorable à ses débuts,  mais qui s'est transformée depuis les traités de Maastricht et de Lisbonne  en une idéologie économico-politique de plus en plus autoritaire.
Cette idéologie,  pieusement appelée "néo-libéralisme", est en fait une émanation toxique de l'ultracapitamisme anglo-saxon,  défendu à la fois par Reagan,  Thatcher et Blair. Je ne reviendrai pas sur ses caractéristiques,  que tout le monde connaît,  mais plutôt sur les conséquences paradoxales et dangereuses que son application implique pour ce qu'on appelle le projet d'union européenne.
En effet,  la commission et le parlement,  main dans la main,  tentent de gouverner comme des frères siamois et de manière ultra-centralisée un amas hétéroclite de pays déliés par leurs langues et leurs cultures,  quitte à remplacer les  histoires nationales (souvent tragiques) par une grande narration européenne (d’un optimisme béat). Si apparemment l'intention est louable (personne ne veut se battre a priori aujourd'hui pour défendre un drapeau quelconque - quoi que... mais nous y reviendrons),  la méthode employée est plus que criticable,  car elle se base directement,  consciemment ou pire, inconsciemment,  sur le modèle colonial.
Dans les colonies,  tout le pouvoir résidait en métropole,  et était assuré sur place par des institutions soi-disant représentatives,   soit nationales,   soit locales,qui transmettaient des directives qui ne pouvaient être discutées. Ce schéma de base est précisément ce que critiquent ces mouvements "populistes" mentionnés plus haut et sur lesquels nous reviendrons plus avant. 
Cependant,  le projet d'union est compliqué justement par la diversité de modèles propres à chaque pays colonisateur: entre le "home rule" britannique et le modèle "universaliste" français,  le fossé est profond,  voire même irréconciliable. Pourtant on retrouve ces deux modèles cohabitant au sein même du projet européen actuel,  et la crise que nous traversons est bien le résultat d'un conflit interne sur l'administration des territoires de l'Union,  c'est à dire nos pays.
Du côté anglo-saxon, on a chercher à contre-balancer le ecntralisme “universaliste” par une délégation symbolique à des pouvoirs “locaux”, autrement dit nos gouvernements. Symbolique, parce que malgré cette apparente volonté de partage, se dessine la défense de l’axe Grande-Bretagne-États-Unis, c’est à dire une mise sous influence des états au travers d’un soutien discret aux partis, aux mouvements et aux individus favorables à cette politique. C’était l’essence du colobialisme britannique, où l’on gardait la structure sociale et nationale des pays colonisés, tout en leur imposant un sévère contrôle politqiue et économique.
Du côté français, on mise par contre sur un discours “universaliste” et centraliste, qui vise à former une union qui tente d’effacer les aspects négatifs du nationalisme par une adhésion tout aussi romantique à un idéal politique humaniste de progrès. Le seul problème est que c’est exactment en ces termes que la IIIème république a engagé sa politique de colonisation à outrance à partir des années 1880. Le remplacement des identités nationales “inférieures” par une identité de progrès “supérieure.”
Quant à l’Allemagne, pays plus petitement (mais auss brutalement) colonial que les deux autres, elle insiste plus sur le “pragmatisme” comme couleur politique, qui est en fait la défense de ses propres intérêts économiques et de sa politique envers l’ancien bloc de l’est. Ni vraiment centraliste, ni “home ruliste”, elle navigue entre les deux au cours des évènements. C’est peut-être, d’ailleurs. La nation la plus authentiquement “européenne” des trois citées ici, à cause de son passé abominable et de son impossible désir de rédemption.
La réaction “populiste” à laquelle nous assistons aujourd’hui dans tous les pays membres peut donc être lue à l’aune de cette réalité politque et être analysée de manière un peu différente que ce que les médias ou autres “experts” nous proposent. En effet, il faut tout d’abord rejeter le terme de “populiste”, parce que, par définition, tous les partis politiques le sont, d’une manière ou d’une autre, puisqu’ils font tous des promesses intenables pour flatter le “peuple” et recueillir ses voix. Je pense qu’il faudrait plutôt parler de mouvements réactionnels, plutôt que réactionnaires, car ils ne le sont pas tous, et pas tous de la même manière.
Ce qu’ils ont en commun, par contre, c’est la crise économique de 2009, qui a vu leurs rangs s’étoffer considérablement. Ce qui a frappé les esprits, c’est le fait qu’au moment où les états sauvaient les banques avec la même politique dictée par la Banque Centrale Européenne, aucun des responsables n’a été condamné, ni même un tant soit peu inquiété. Et, deuxième aspect important, cette aide des états a été financée par le démembrement radical des protections sociales et du tissu industriel national. Troisième et dernier aspect, la trahison des partis de gauche au pouvoir dans certains pays (France, Danemark, Espagne, Italie, etc.) qui se sont non seulement soumis aux diktats de la Banque Centrale et des lobbies économiques (qu’on appelle pudiquement “think tanks”, mais qui sont bien des lobbies), mais ont en plus repris le “TINA” (“There Is No Alternative”) de Thatcher comme seule justification.
Or, ce déplacement du centre de décisoon politique et économique vers une entité toute puissante et méta-nationale est une des caractéristiques d’une situation coloniale. Et si nous analysons les réactions nationalistes auxquelles nous assistons autour de nous au travers du prisme colonial, nous pouvons mieux comprendre la fracture qu’ils montrent. C’est la mauvais réponse à un vrai problème, mais qui nous dépasse parce qu’il semble hors de notre portée, alors qu’en réalité, nous avons les moyens de le combattre sans nécessairement passer par la violence.  
Il est temps que l’Europe change de projet, sinon nous allons, je le crains, assister à de plus en plus de mouvements de “libération nationale”, dont le Brexit est le modéle le plus spectaculaire et le plus paradoxal.  Mais pour les humanistes radicaux, dont je fais partie, il nous faut inventer une lutte sur deux fronts, qui sache nommer les ennemis et les idéologies qu’ils défendent. Il nous faut proposer, et pas seulement protester, des solutions pour défendre la dignité, le vivre-ensemble et la paix, mais dans le respect des différences et sur un pied d’égalité. Il nous faut inventer une nouvelle forme de “contrat social” européen, loin du modèle d’auto-colonisation économique et politique qu’on cherche à nous imposer. Mais il faut le faire dans un grand rassemblement fraternel et respectueux, et non dans un esprit de clivage, qui est la caractéristique des mouvements réactionnaires de droite, comme de gauche.
Il nous faut lutter non pas avec des slogans politiques éculés, mais au nom de la simple dignité humaine et du droit radical et inaliénable à la différence.